François ABRIAL : « En RH, vous voyez très vite la concrétisation de vos actions »

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Il a été élu Directeur des Ressources Humaines de l’année 2016 et nous a fait l’honneur de participer à l’une des conférences des Jeudis de l’IGS. François ABRIAL, DRH du Groupe Air Liquide, ne pouvait partir sans passer par une étape incontournable : LE Questionnaire ! Découvrez, sans plus attendre, ses réponses à nos, désormais, fameuses interrogations…

Quelle est la situation la plus insolite à laquelle vous avez été confronté, au cours de votre carrière dans les Ressources Humaines ?

Il y a quelques années, j’ai travaillé au Mexique. Avant de partir, j’avais simplement eu un cours d’espagnol de trois heures, et le jour où je suis arrivé, non pas à Mexico mais à Guadalajara, j’ai appris que le patron de la région s’était fait virer la veille !

Conséquence : je suis devenu le futur Directeur de la région, dès le lundi matin ! Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’au lycée, j’avais fait allemand / anglais…

J’ai donc atterri le samedi, je passai le dimanche à l’hôtel et je fus au dépôt, pour 8h00, le lundi. Quand je suis arrivé, j’avais dix chauffeurs alignés devant moi, à côté de leurs camionnettes et ils attendaient les ordres. J’étais en face d’eux et je ne parlais pas un mot d’espagnol !

L’incroyable leçon de cette histoire est de voir à quel point notre capacité d’adaptation se réveille, quand on est confronté à une telle difficulté. Elle est insoupçonnée ! Si j’avais su tout cela avant, j’aurais sans doute pensé que c’était impossible à accomplir. Mais lorsqu’on se retrouve confronté à cette situation, on arrive à trouver des ressources incroyables et un certain sens de l’improvisation. Je mettais, par exemple, des « o » et des « a » aux mots français (la « camionnetta ») et je parlais avec les mains.

À 8h30, ils sont tous partis. Honnêtement, je ne sais pas ce qu’ils ont vendu ce jour-là !

Quel est le mot que vous utilisez le plus, au quotidien, dans le cadre de votre travail, et pourquoi ?

Ils vont ensemble. Je pense que c’est « performance » et « engagement ». L’un nourrit l’autre, et vice versa. La performance nourrit l’engagement, mais sans engagement, on n’obtient pas de performance. C’est ce qui fait, au bout du compte, le contrat économique et social, pourrait-on dire. C’est à la fois l’entreprise qui y trouve son compte et le salarié, via l’épanouissement, ou encore le bonheur d’être au travail.

Quelle a été la première fois où vous vous êtes senti utile, en travaillant dans les Ressources Humaines ?

Dès la première minute ! Ce métier consiste à amener chacun à son meilleur niveau. Si on pouvait le faire, ce serait le rêve de tout DRH, et dès que vous prenez ce poste-là, vous voyez que dès la première décision, vous amenez les uns et les autres à progresser dans leurs savoir-faire, leurs motivations, leurs performances, leur loyauté par rapport à l’entreprise, leur bonheur individuel…

Et même au-delà de l’individu, moi ce que j’espère, c’est que, quand les gens rentrent chez eux, le soir, ils se disent : « Air Liquide, c’est super ! ».  Je pense qu’il y a peu de jobs où, dès que vous prenez vos fonctions, vous vous dites : je peux avoir une action tout de suite, dans la minute, qui fasse que j’atteigne mon objectif.

Un vendeur, avant de concrétiser une vente, c’est long.  Un ingénieur, avant de trouver un brevet, c’est long. Là, c’est un métier où vous voyez tout de suite les résultats de vos actions. Très très vite ! C’est aussi une grande satisfaction du métier. Vous voyez très vite la concrétisation de vos actions, en bien ou en mal ! Vous voyez vite si la personne repart intéressée, si la personne prend le poste que vous lui proposez, si la personne comprend et collabore mieux, ou si elle repart.

Quel est le mot que vous détestez le plus entendre, dans votre travail, et pourquoi ?

Plus qu’un mot, c’est une attitude : l’arrogance. Quelqu’un qui « se la joue ». Ça ne nous ressemble pas. Une personne arrogante, c’est quelqu’un qui va rendre les échecs collectifs et les succès personnels.

Vous êtes DRH, votre PDG (ou un génie) vous accorde un vœu. Quel serait votre vœu ?

 Je ne sais pas… Je bute un peu. Peut-être que chacun y trouve tout son intérêt. Au final, c’est difficile, parce qu’on est sur des gestions de carrières et des gestions individuelles. Il n’y a pas deux carrières qui se ressemblent chez nous.

Un plan de carrière, je ne sais pas ce que c’est, chez Air Liquide. Je n’en ai pas. Donc quand je vois des étudiants, par exemple, je sais qu’il y a des boîtes qui vous proposent un plan de carrière sur dix ans ! C’est exactement ce que nous ne voulons pas faire. Cocher les cases les unes après les autres.

Moi je suis à l’opposé de ça. Par contre, je sais où on veut aller à dix ans. En stratégie long terme, je sais ce que ça veut dire dix ans, mais la façon d’y aller, elle, va être unique, en fonction des personnes et des meilleures opportunités du moment. On n’est pas sur une grille où l’on coche les cases : trois ans ici, trois ans là. Un peu à l’américaine. Je ne juge pas leur modèle, il marche dans leur culture, mais pas dans la nôtre.

Propos recueillis par Thouly MOUTSINGA-MASSOU

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